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JOURNAL de JEAN MIRAULT, soldat de l'ARMEE du RHIN

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F.J Archer

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Le carnet de Jean Mirault
Souvenirs d'un soldat de l'Armée du Rhin
(Juillet 1870 - Juin 1871)

Par Jean Renard et Jean-François Lecaillon


Le JOURNAL de JEAN MIRAULT
Jean Mirault, Soldat au 69ème Régiment d'Infanterie de Ligne (circa 1868)

Jean Mirault nous a laissé deux carnets de notes, rédigés probablement durant sa captivité en Allemagne.
Le premier carnet est un recueil de paroles de chansons dont nous ignorons malheureusement les mélodies.
Le deuxième carnet contient également quelques chansons mais également 20 pages de notes manuscrites relatant son expérience durant la campagne de l'Armée du Rhin de juillet à octobre 1870 et durant son incarcération comme prisonnier de guerre en Poméranie.
Ce carnet contient également un lexique de mots allemands et une liste des villes allemandes qu'il a traversées.
L'une des dernières pages du carnet contient l'annotation suivante : « Cahier appartenant à Mirault Jean soldat au 69ème de ligne, 3ème Bataillon, 1ière compagnie Coblinz le 12 juin 1871 ».
C'est sur la base de cette note que je pense que ces carnets furent écrits durant sa captivité et reflètent ses souvenirs, vieux alors de plusieurs mois, de son expérience durant la campagne.
Ce n'est donc pas un récit « à chaud », au jour-le-jour, décrivant des actions et impressions précises dans le feu de l'action.
Il ne décrit pratiquement aucune bataille mais nous laisse une image poignante des conditions de vie misérable que le soldat devait endurer tous les jours : pas de fait d'armes flamboyant mais l'endurance non moins héroïque de la faim, du froid, de la fatigue jour après jour.
Jean Mirault avait une belle main d'écriture que beaucoup d'entre nous, devrait lui envier, mais l'absence de ponctuation, l'emploi non orthodoxe des majuscules, et l'épellation phonétique de beaucoup de mots tendent à distraire le lecteur. En transcrivant ce texte, je me suis borné à combler ces lacunes et je me suis appliqué à conserver le style vivant du récit, le style du raconteur, parsemé ci et là d'expressions qui sentent bon le terroir des Amognes.

Le récit se divise naturellement en 3 parties :
- la campagne de l'Armée du Rhin, de juillet à Octobre 1870,
- La capitulation de Metz les 28 et 29 octobre 1870,
- le transfert des prisonniers de guerre de Metz à Kolberg avec une brève description des conditions de vie en captivité.

Dans les commentaires qui suivent, je me suis efforcé de replacer le périple de notre ancêtre dans son contexte historique afin d'en faciliter la compréhension et la signification. Quand Jean Mirault nous dit que « ce jour là, on a livré un grand combat», il ne sait pas, ou plutôt ne savait pas encore qu'il avait participé à la bataille de Gravelotte-St Privat qui précipita la chute du Second Empire, comme ses descendants devront apprendre sur les bancs de l'école.


LA CAMPAGNE DE L'ARMÉE DU RHIN
17 Juillet 1870 - 28 octobre 1870
1. L'Armée du Rhin

L'Armée du Rhin, commandée par le Maréchal Achille Bazaine, était forte de 112.800 hommes au début de la campagne. Elle comportait 4 corps d'armées, la garde impériale, et deux divisions de cavalerie en réserve.
Le 69ième Régiment d'Infanterie de Ligne, commandé par le colonel Letourneur, faisait partie de la 2ème Brigade (Général Duplessis) de la 2ième Division (Général Nayral) du IIIième Corps d'Armée commandé, après la mort du Général Decaen à Borny, par le Maréchal Edmond Leboeuf, ministre de la Guerre en 1869.

À l'Armée du Rhin, l'Allemagne opposa deux armées, la 1ère Armée commandée par le Général Karl von Steinmetz et la 2ème Armée commandée par le Prince Frederick Charles de Prusse. Ces deux armées totalisaient 200.000 hommes.
En plus de cette supériorité numérique, les troupes allemandes possédaient un avantage décisif pour l'artillerie, opposant 1000 canons Krupp à tir rapide aux 520 canons des troupes françaises.
Le canon Krupp de 90 mm était le précurseur de l'artillerie moderne avec sa construction tout en acier, son chargement par la culasse et l'emploi d'obus à percussion. L'artillerie française par contre employait toujours des canons de bronze, chargés par la gueule.

Si l'Allemagne était à la pointe du progrès en artillerie, le fusil Chassepot et la mitrailleuse donnaient aux troupes françaises une puissance de tir inégalée. Le Chassepot particulièrement était très supérieur au fusil Dreyse employé par l'armée allemande.
Avec une portée de 1600 m contre 1000 m au Dreyse, une cadence de tir plus rapide, et une plus grande précision due à son poids réduit et à l'élimination des gaz d'échappement à la culasse, le Chassepot fut en grande partie responsable des lourdes pertes subies par les Allemands durant la campagne.
La mitrailleuse était l'arme ultra-secrète de l'armée française. Mais, quoique l'Armée du Rhin, en posséda 150, elles ne furent jamais employées effectivement. Considérées comme partie intégrale de l'artillerie, elles furent déployées trop loin de la ligne de bataille pour être réellement efficaces.

Plus que le nombre et les armes, c'était la compétence des états-majors qui différenciait les deux armées.
À quelques exceptions près dont von Steinmetz, l'état-major allemand était composé d'officiers généraux caractérisés par leur compétence professionnelle, leur discipline, et leur solidarité. À quelques exceptions près dont Frossard et Canrobert, l'état-major français se révéla incompétent, incapable de saisir l'initiative, et divisé par des jalousies professionnelles.
À la tête de l'Armée du Rhin, François-Achille Bazaine était le plus connu et le plus populaire des militaires du Second Empire.
D'origine modeste, il débuta sa carrière militaire, après avoir échoué au concours d'entrée à Polytechnique, comme simple soldat, engagé au 37ième régiment d'Infanterie en 1831.
Son intelligence, sa bravoure, et son sang-froid lui valurent des promotions rapides de sous-lieutenant dans la Légion Étrangère en Afrique en 1833, à colonel en 1852, général de division en Crimée, général de corps d'armée durant la guerre contre l'Autriche en 1859 et finalement maréchal de France après la guerre du Mexique.
La plupart des historiens estiment qu'il n'était pas prêt à assumer le commandement d'une grande armée et que physiquement et moralement, il succomba sous le poids de cette responsabilité.
Promu au-delà de ses capacités, incapable ou hésitant à imposer son autorité sur un état-major divisé, il semble s'être retiré de la conduite de la campagne, restant loin du champ de bataille et laissant ses subordonnés agir indépendamment, sans effort de coordination. Durant la bataille de Forbach, alors qu'il ordonnait à un de ses généraux de division d'aller renforcer Frossard, le général lui aurait répondu : " Le maître d'école est dans la merde, qu'il y reste! " (Frossard était le précepteur du prince impérial.)
En fin de compte, ce fut Bazaine et non ce général factieux qui comparut devant la cour martiale.

2- La Campagne du 69ème Régiment d'Infanterie de Ligne
La carte ci-dessous, illustre la marche du régiment du 19 juillet au 3 septembre 1870, telle que l'a rapportée Jean Mirault.

2.1- La marche vers la frontière : 19 juillet-5 août 1870
Le régiment part de Metz le 27 juillet, 8 jours après de la déclaration de guerre à la Prusse.
Les étapes ne furent pas de longueur uniforme. Le premier jour, de Metz aux Étangs, le trajet fut assez long, 18 km, et comme le dit notre soldat « Il était temps d'arriver car nous étions déjà bien fatigués.»
Les deux suivantes, des Étangs à Boulay-Moselle et de Boulay à Teterchen, furent beaucoup plus courtes : 11 et 9 km respectivement. Après deux jours à Teterchen, à environ 20 km de la frontière allemande, le régiment marche rapidement, 25 km dans la journée, afin d'atteindre St Avold.
Ce déplacement rapide le 2 août était probablement motivé par la nécessité d'avoir des forces en réserve dans ce secteur afin de soutenir l'offensive française, en cours ce jour là, et dont le résultat fut la prise de Saarbrücken.
Peu après la contre-offensive prussienne, le 4 août, et le retrait des troupes françaises de Saarbrücken, le régiment marche 20 km le 5 août pour se rendre à Puttelange-aux-Lacs, une bonne position pour intercepter une attaque venant de Sarreguemines et dirigée soit vers Metz, soit vers Nancy, tout en restant près de l'axe d'attaque Saarbrücken-Forbach-St Avold.
Si nos soldats ne rencontrent aucun ennemi prussien durant cette marche, leurs ennemis perpétuels : la faim et les intempéries sont déjà du voyage. Il est certain que le service d'intendance n'était pas de première qualité, même en l'absence de conflit, et que les soldats devaient avant tout subvenir à leurs propres besoins.

2.2- La Bataille de Forbach-Spicheren : 6 août 1870
Le matin du 6 août 1870, la 14ème division du 7ème corps de la 1ère Armée prussienne commandée par le général von Kameke arrive à Spicheren où elle se heurte aux 22.800 hommes du 2nd Corps de l'Armée française commandée par le général Frossard.
Les troupes françaises étaient bien protégées par un système de tranchées établi la veille.
Le combat s'engagea vers midi, en bon accord avec le témoignage de Jean Mirault qui nous dit avoir entendu le canon vers une heure de l'après-midi.
L'histoire nous dit que la situation tourna finalement au profit des prussiens qui gagnèrent en supériorité numérique durant le cours de l'après-midi car toutes les troupes allemandes entendant le canon convergèrent vers Spicheren alors que les 55.000 hommes du IIIème Corps français, déployés à moins de 20 km de là ne bougèrent pas.
La réponse du général de division à Bazaine citée plus haut est souvent évoquée pour caractériser la réponse du IIIème Corps ce jour-là. En fait, le récit de Jean Mirault nous conte une autre histoire.
Le 69ème régiment de ligne faisait partie de la 2ème division du IIIème Corps et d'après son témoignage, cette division (général Nayral) marcha immédiatement mais ne fut pas déployée au bon endroit.
Finalement, après une marche forcée de 20 km, le 69ème arriva à Forbach à 9 heures du soir, trop tard pour renforcer Frossard qui avait décidé de se retirer de Spicheren à 7 heures afin d'éviter l'encerclement de ses troupes.

La bataille de Forbach-Spicheren coûta la vie à 5.000 soldats prussiens et 2.000 soldats français.
Les trois grandes caractéristiques de cette guerre sont déjà bien en évidence :
- la supériorité du Chassepot causant d'énormes pertes aux Allemands,
- l'utilisation efficace d'une artillerie moderne par les Prussiens qui décide finalement de l'issu de la bataille,
- l'ineptie ou l'inertie de l'État-Major français qui se révèle incapable de coordonner les mouvements de troupes et de saisir l'initiative dans la bataille.

À Forbach, Jean Mirault est confronté par la réalité des conséquences de la guerre : « Arrivant là, nous trouvons des soldats blessés de toutes manières, des habitants qui abandonnaient leurs chaumières emportant leurs bagages. C'était bien triste, le feu qui était dans le village.»
Pour le soldat, la faim devient une compagne familière : «Il y avait bien 24 heures que nous n'avions pas mangé.»

2-3 La retraite vers Metz : 7 au 13 août 1870
La retraite vers Metz se fait sous le signe de la pluie qui ne cessera guère pour le reste de la campagne.
Il semble que la 2ème Division fût en arrière-garde puisque les Prussiens ne sont jamais très loin.
Trempés jusqu'aux os, marchand dans la boue des champs détrempés, les soldats doivent se contenter le plus souvent que d'un peu de café fait rapidement pendant les courtes haltes de jour.
La nourriture est rare témoignant de la désorganisation complète des services de ravitaillement.
Un peu de riz et une autre fois des pommes de terre prises à l'habitant semblent être la seule nourriture solide que ces soldats mangèrent durant ces 6 jours.
La «soupe», probablement un bouillon de lard, n'est faite qu'après 3 jours de marche.
On ne peut qu'imaginer la misère de ces hommes tiraillés par la faim, épuisés par de longues marches à travers les champs détrempés, dormant sur le sol mouillé et sous la pluie quelques heures à la fois, quand ils ne sont pas de garde, marchant toujours avec leur lourd équipement sur le dos, ne sachant jamais ni où leurs supérieurs les emmenaient ni pourquoi : «Mais où irons-nous ?»

2-4 La Bataille de Borny : 14 août 1870
Le IIIème Corps, commandé par le général Decaen, était la seule partie de l'armée française encore sur la rive droite de la Moselle, au sud-est de Metz le matin du 14 août.
Ce Corps constituait donc bien l'arrière-garde de l'armée comme les observations de Jean Mirault durant la retraite nous l'on fait penser.
Alors qu'ils levaient le camp pour rejoindre le reste de l'armée dans Metz, les soldats de Decaen furent surpris par une attaque allemande menée par 26 brigades d'infanterie du VIIIème Corps sous le commandement du général der Goltz.
L'attaque venait du nord, donc bien à droite de la ligne de marche, tel que Jean Mirault nous le décrit.
Cette longue bataille, de 3 heures de l'après-midi à 9 heures du soir, n'eut aucun résultat tangible, les deux armées restant sur leurs positions initiales à la fin de la journée.
Les Allemands perdirent 4.620 hommes et les Français 3.915.
Le 69ème pour sa part perdit « 360 hommes, morts ou blessés », soit plus de 20% de ses effectifs.
Parmi les morts français se trouvait le général Decaen, commandant le IIIème Corps.
Bazaine prit personnellement le commandement après la mort de Decaen, dirigeant le combat avec énergie et compétence, étant même légèrement blessé à l'épaule par un éclat d'obus. Il n'avait donc rien perdu de sa bravoure et de ses talents de tacticien.

Qu'a fait Jean Mirault durant ces 6 heures de « combat bien acharné d'un bout à l'autre de la ligne de bataille » ? Qu'a-t-il ressentit durant son baptême du feu ? Nous saurons jamais rien.
Par contre, nous savons que la seule nourriture qu'il prit fut un bol de café à 3 heures du matin car « il était temps de prendre quelque chose car nous en avions bien besoin. » À Sauvry, on a les pieds bien sur terre et l'estomac est bien plus important que la gloriole militaire.

2-5 La Bataille de Gravelotte-St Privat : 16-18 août 1870 :
Les événements rapportés par Jean Mirault pour la journée du 16 septembre 1870, bien qu'il les situe à Gravelotte, sont en fait reliés à la bataille de Mars-la-Tour qui eu lieu ce jour là.
Le IIIème Corps dont il faisait partie, campa près du hameau de Vernéville, à 4 km au nord de Gravelotte, durant la nuit du 15 au 16 septembre.
Le IIIème Corps partit effectivement de Vernéville le matin du 16 septembre pour aller prendre position entre St-Marcel et Vionville, où il resta en réserve toute la journée.
Le IIème Corps de Frossard et le VIème Corps de Canrobert à leur gauche et le IVème Corps de Ladmirault à leur droite repoussèrent toute la journée les attaques des Prussiens et subirent le bombardement incessant des 210 canons Krupp déployés entre Mars-la-Tour et Flavigny.
Comme nous le raconte notre soldat, ce bombardement ne cessa qu'à la tombée de la nuit après que son régiment soit monté en première ligne.
La bataille de Mars-la-Tour coûta la vie à 15.800 Allemands et à 17.000 Français.
Ce fut une victoire prusssienne dans la mesure où elle permit aux Allemands de couper la route principale de retraite de l'armée française vers Verdun.
De l'avis de certains analystes, Bazaine, qui ce jour-là encore se distingua par sa bravoure sur le champ de bataille, aurait pu gagner la bataille s'il avait envoyé le IIIème Corps au secours de Frossard et Canrobert en fin de matinée.
Durant la bataille de Gravelotte-St Privat, la 2ème division du IIIème Corps d'Armée (Général Nayral) dont le 69ème Régiment de Ligne faisait partie était déployé à mi-chemin entre Gravelotte et St-Privat, le long d'un bosquet entre les fermes de La Follie et Leipzig, faisant face au bois de Genivaux.
Comme nous le dit Jean Mirault, ce secteur du champ de bataille resta relativement calme.
Les combats les plus violents eurent lieu plus au sud, près de Gravelotte, dans le ravin de la Mance, et plus au nord, à St-Privat, où le VIème Corps commandé par Canrobert opposa une résistance héroïque aux attaques prussiennes.
Les tirailleurs prussiens que notre soldat a vus et à qui « nous leur avons fait leur affaire », devaient être des soldats de la 18ème Division d'Infanterie du Schleswig-Holstein commandé par le général Manstein.
Le bois de Genivaux leur aurait caché la présence des troupes françaises gardant l'une des routes d'accès à Metz.

Durant la bataille de Gravelotte /St-Privat, les Allemands perdirent 20.160 hommes contre 7.855 aux Français.
Du point de vue allemand, la bataille fut une victoire puisqu'ils réussirent à couper toute retraite possible des troupes françaises vers Verdun. Mais, tant du point de vue des pertes encourues que du but stratégique, ce fut une victoire à la Pyrrhus.
Bazaine n'avait en effet aucune intention de se replier sur Verdun ou Chalon où il aurait pu rejoindre l'armée de Mac Mahon.
Il avait décidé déjà depuis plusieurs jours de se réfugier dans Metz et il livra ce jour-là, comme à Mars-la-Tour, une bataille purement défensive, ne saisissant aucune des multiples occasions de contre-offensive qui se présentèrent.
Cette décision explique qu'il ne fit rien pour poursuivre les Prussiens en déroute après leurs lourdes pertes au ravin de la Mance. Aucun renforcement ne fut envoyé à Canrobert dans St-Privat ce qui aurait pu, de l'avis des analystes, tourner l'issu de la bataille.
Les régiments d'élite de la Garde Impériale auraient pu aisément intervenir mais leur commandant, le général Bourbaki, refusa de marcher vers le front jusqu'à la dernière minute, alors que les survivants des troupes de Canrobert se repliaient vers Metz, bloquant tout mouvement vers St-Privat.
Durant ces deux grandes batailles, Jean Mirault ne vit que peu d'action, son unité étant gardée en réserve, mais il dut passer de longues heures, le sac au dos, sous le bombardement incessant de l'artillerie prussienne.
Là encore, la faim tenaille notre soldat. Finalement, c'est un convoi prussien capturé « la veille » qui fournit à nos soldats la nourriture dont ils avaient tant besoin : du vin et 6 kg de lard pour les 10 ou 12 hommes de son escouade !
Cette scène illustre bien la différence dans le ravitaillement des deux armées. À quelques kilomètres seulement des réserves considérables entassées dans les entrepôts de Metz, les soldats français souffrent de la faim. À plus de 50 km de leur base la plus proche, les soldats allemands sont ravitaillés régulièrement par un service d'intendance bien organisé et efficace.
Cette différence dans le professionnalisme et l'efficacité de l'organisation explique en grande partie la défaite de la France.

2-6 Enfermé dans Metz : 19 août -28 octobre 1870
Avant d'être confiné au fort de Queuleu, au sud-est de Metz, pour près de 2 mois, notre soldat retrace ses pas :
Trois jours au fort de St Quentin, quatre jours à creuser des tranchées à Montigny-les-Metz, puis poussée vers l'est jusqu'à Borny pour revenir finalement près du fort de Queuleu.
Ces mouvements de troupe ne suggèrent certes pas l'application d'une stratégie bien définie mais plutôt la tentative d'un État Major démoralisé de répartir dans un espace restreint un trop grand nombre de soldats dont on ne sait que faire.
Les deux batailles qui suivent sont probablement typiques des « tentatives » de sortie que Bazaine est accusé d'avoir conduit pour sauver l'honneur.
Pour cette seconde bataille de Borny, Jean Mirault sera, une fois de plus, parmi les troupes gardées en réserve. À Grigy, il est en première ligne de 9 heures du matin à 1 heure de l'après-midi. Les Prussiens ont creusé des tranchées d'où ils tiennent à distance les attaquants français. Aucun effort ne semble avoir été fait pour prendre ces tranchées d'assaut : La compagnie de Jean Mirault n'a eu qu'un disparu et 3 blessés !
Il semble que les soldats français, profitant de la protection du petit bois et de la portée supérieure de leurs Chassepots, se soient contentés de tirer dans les tranchées prussiennes tout en se maintenant hors de portée des fusils allemands. Il s'agissait donc d'harasser l'ennemi, non de percer ses lignes.

Jean Mirault ne fait qu'évoquer les souffrances qu'il endura durant le siège de Metz : «Enfin, je ne peux pas tout raconter la misère que nous avons eue, je n'en dis que le quart. » Le rationnement de nourriture (la viande de cheval, la soupe sans sel, le café sans sucre, et le pain réduit à 100 grammes par jour), l'inaction, les conditions d'hygiène primitives, le froid et l'humidité coûtèrent la vie à bien des soldats français.
Il est difficile de savoir le nombre exact de soldats qui se replièrent sur Metz. La plupart des sources l'estiment à 150.000. Lors de la capitulation de Metz le 27 octobre, la garnison ne comptait plus que 135.000 hommes dont 25.000 blessés et 10.000 malades.

3. La capitulation de Metz : 27-29 octobre 1870
3.1 Documents de la capitulation :
Jean Mirault nous transmet fidèlement le texte des termes de la capitulation de Metz, de la circulaire explicative du protocole et de l'ordre général à l'Armée du Rhin signé par Bazaine.
Pour une raison inconnue, il omet l'article 5 des termes de la capitulation qui s'adressait au sort des médecins militaires français et du personnel hospitalier qui resteront à Metz pour soigner les blessés et seront traités selon les termes de la Convention de Genève.

La discussion de la lettre du général Changarnier au Daily Telegraph, datée du 20 décembre 1870, nous confirme que Jean Mirault a écrit ce journal durant sa captivité en Prusse.
Qu'elles sont donc ses sources pour les documents de la capitulation ? Le texte est si fidèle qu'il ne peut avoir été écrit de mémoire. Les soldats auraient donc emmené des copies de ces documents avec eux en Allemagne.
Mais alors, pourquoi toutes ces fautes d'orthographe ? L'hypothèse la plus plausible est qu'il écrivait le texte qu'un camarade lui lisait et n'a pas comparé sa copie à l'original lorsqu'il eut fini.

Les conditions de la capitulation bien que typique de l'époque, sont bien loin des pratiques contemporaines.
Les soldats et sous-officiers sont prisonniers de guerre alors que les officiers, s'ils donnent leur parole d'honneur de ne pas reprendre les armes contre l'Allemagne durant la durée de la guerre, restent libres et conservent leur épée, leur sabre, leur chevaux, et même le service de leur ordonnance.
Cette discrimination flagrante illustre bien la solidarité de classe, par delà les frontières, de l'aristocratie militaire de l'époque si bien représentée à l'écran par Eric von Stroheim dans « La Grande Illusion » de Jean Renoir.
Il est également intéressant de noter que tout l'armement et matériel de l'armée française reviendra à la France après que la paix sera signée.

3.2 Que pensait Jean Mirault de Bazaine ?
Il n'y a pas de doute que Jean Mirault avait des idées bien arrêtées sur la responsabilité de son commandant en chef dans la capitulation de Metz. Le ton factuel, quelque peu laconique du récit devient beaucoup plus animé et combatif lorsqu'il s'agit de juger le comportement de Bazaine.
Pour lui, il n'y a pas de controverse possible : Bazaine est un traite, un « égoïste », dominé par le désir de préserver sa réputation militaire avant tout.
Il ne fait aucun doute que pour beaucoup de ces soldats prisonniers loin de leur pays, le sentiment d'avoir été trahi par leurs officiers supérieurs devait prédominer, ce qui est bien compréhensible.
Il est intéressant de noter que ce sentiment est exacerbé par le témoignage et l'analyse militaire biaisée de Changarnier.

Mais, on est en droit de se demander comment de simples soldats, prisonniers de guerre en Poméranie, avaient pu avoir accès à une lettre publiée par le Daily Telegraph de Bruxelles ? N'y aurait-il pas là quelque manoeuvre psychologique des autorités militaires allemandes ? Pourquoi ne pas promouvoir auprès des prisonniers français un général dont l'opposition à Napoléon III est bien connue et qui justifie éloquemment leurs vues sur Bazaine et la capitulation de Metz ?
Peu d'entre eux sauront que Changarnier est un monarchiste convaincu préparant son avenir politique. C'est un candidat idéal pour le gouvernement prussien qui préférait sans nul doute le rétablissement de la monarchie en France plutôt que le gouvernement républicain établi le 4 septembre 1870 ou la restauration du régime bonapartiste.
À leur retour en France, ces prisonniers se rappelleraient et soutiendraient la candidature de Changarnier et du parti qu'il représente.
De fait, aux élections de 1871, Changarnier fut élu dans 4 départements et servi comme représentant de la Somme avant d'être nommé sénateur-à-vie par Mac Mahon.
Et la IIIième République ne vit le jour que grâce à l'entêtement du Duc de Bordeaux et à une voix de majorité à l'Assemblée.
Avec le recul de l'histoire, devons-nous partager le jugement de notre ancêtre ? Je ne le pense pas.
Les conclusions de l'historien Jean-François Lecaillon, reproduites ci-dessous, me semblent beaucoup plus exactes :
« 1- Le maréchal Bazaine est "fautif" de n'avoir pas accompli la mission qui lui avait été confiée, à savoir réaliser l'impossible et redresser une situation qu'il n'avait pas créée. Seul un coup de génie (dont les suites ne pourraient être garanties dans le sens espéré alors par toute la France), aurait pu sauver l'armée du Rhin du blocus sous les murs de Metz. Le commandant en chef de l'armée du Rhin n'en a pas été capable.

2- Laissé à lui-même dans Metz, sans recevoir la moindre directive ou information du gouvernement du 4 septembre, il a tenté de trouver une solution politique et a été joué par un adversaire plus habile que lui et pourvu de meilleurs atouts. Il a perdu une partie particulièrement difficile. Surtout, il n'a pas su justifier (sur le moment comme par la suite) sa démarche ou convaincre ses compatriotes de ses bonnes intentions, tel est son principal tort.

3- Il a déçu les espoirs insensés que tous les Français avaient mis en lui. Le mot "trahison" pris dans le sens de "décevoir" s'explique aisément et se justifie dans le contexte d'une humiliation nationale dont il n'est pas pour autant le principal initiateur. Bazaine a focalisé sur son nom les rancours légitimes de tout un peuple, ce qui ne signifie pas qu'il ait commis le crime dont il fut accusé (et pour lequel il ne fut pas reconnu coupable par les juges de son procès).

4- Pour sauver pendant la guerre la fragile République du 4 septembre d'une menace de restauration monarchique, voire bonapartiste, puis pour réhabiliter après la guerre les partis politiques au regard de l'opinion publique, Bazaine a été sacrifié sur l'autel de la réconciliation nationale.
La nécessité politique faisant loi, il fut accablé de la pire accusation qui fut et celle-ci fut entretenue jusqu'au jour de la Revanche. Il a servi de bouc émissaire au sens fondamental de l'expression. »


3.3 La Profession de Foi Républicaine
Si Changarnier et ses amis pensaient pouvoir compter sur le soutien des anciens prisonniers de guerre pour leurs desseins monarchiques, ils se sont lourdement trompés dans le cas de Jean Mirault.
L'attachement aux idées républicaines et l'opposition à Bonaparte qui conduisirent son père en prison le 2 décembre 1851 ne sont que plus ardentes chez le fils, prisonnier en Allemagne, humilié dans sa fierté patriotique.
La Prière Républicaine et le Symbole, parodies des prières catholiques, qu'il nous transmet témoignent bien de la haine pour le régime de Napoléon III et de l'espoir dans les institutions républicaines qui animaient nos soldats prisonniers en Allemagne.

4. Prisonnier de Guerre en Allemagne : 29 octobre 1870 - juin 1871
4.1 Les Adieux au Régiment

La journée du 29 octobre 1870 resta sans nul doute profondément gravée dans la mémoire de Jean Mirault.
Nulle part ailleurs dans ces notes, les événements d'une journée ne sont relatés avec autant de détails et d'une façon si sincère et émouvante.
L'amertume, la rancune contre l'empereur et Bazaine ne s'étend pas jusqu'aux officiers du régiment qui sont tenus en grande estime et affection.
C'est certainement avec émotion que chaque soldat du 69ème Régiment relira l'Ordre au Régiment du Colonel Le Tourneur ou se souviendra de la poignée de main du colonel à l'entrée du camp prussien.
À cette scène relevant des plus belles traditions de l'armée française succède la scène non moins touchante sur le champ de la bataille de Borny, des soldats prisonniers se découvrant spontanément et saluant leurs camarades morts en cet endroit le 14 août 1870.

ORDRE DU RÉGIMENT
Le colonel adresse à tous les militaires qu'il a eu l'honneur de commander pendant cinq années, ses adieux :
Il leur fait part du chagrin qu'il éprouve de les quitter dans des circonstances aussi douloureuses pour le pays que pour nous tous.
Malgré les événements qui nous accablent, le colonel est fier d'avoir commandé devant l'ennemi un régiment aussi solide au feu, dont les membres ont toujours fait preuve du plus grand dévouement.
Oui, en toutes circonstances de guerre, le 69ème s'est noblement conduit et quand nous serons rendus à notre patrie, chacun de nous pourra y entrer, la tête haute, en disant : « Je faisais partie d'un régiment qui n'a jamais faibli, pas plus devant le danger que sous le coup des privations et de la misère.»

Soldats du 69ème, soyez toujours les dignes enfants de la France, restez lui toujours dévoués, et pensez parfois à votre colonel qui ne vous oubliera jamais et aimera toujours à se souvenir de vous.
Le colonel commandant le 69ième,
Le Tourneur

4.2 Le camp de la boue : 29 octobre-2 novembre 1870
La fin du siège ne signifie pas la fin de la misère et des privations pour ceux qui sont maintenant prisonniers de guerre, tant s'en faut. Le 29 octobre, les prisonniers n'ont rien à manger.
Jean Mirault se débrouille pour acheter un pain de 2 livres pour 10 sous à des soldats prussiens.
Où et quand a-t-il appris que « brot », qu'il prononce "broute", est le mot allemand pour pain ?
Peut-être durant son séjour à Puttelange-aux-Lacs où il nous disait que « le monde, dans cet endroit, ne parle guère français.»
Toujours est-il que sa curiosité naturelle, son désir d'apprendre, lui auront bien servi ce jour-là et qu'il ne se couchera pas le ventre vide.
Le premier camp où sont enfermés les prisonniers devait être situé à une dizaine de kilomètres au nord-est de Metz, ce qui serait en accord avec quelques heures de marche depuis Borny et deux jours de marche de Teterchen.
Les prisonniers doivent y vivre dans des conditions des plus primitives rendues encore plus difficiles par la pluie incessante, le vent, le froid, et la boue.
Leur seule nourriture chaude est un peu de café fait avec l'eau des fossés, eau si boueuse qu'«on aurait dit du café au lait.»
Les Allemands leur distribuent du pain qui ne semble pas être de bien bonne qualité et du lard salé.
En toute justice, si l'on se réfère au récit de la campagne de Jean Mirault, c'est encore plus qu'il ne reçut souvent de l'armée française !
L'humiliation de la défaite et la soumission forcée à l'autorité de l'ennemi rendaient certainement ses conditions encore plus pénibles.
La remarque sarcastique de l'officier prussien « Eh bien ! Chantez donc la Reine Hortense ou partir pour la Syrie » ne fait que tourner le fer dans la plaie.
Cet arrogant Junker fait allusion à la chanson « du beau Dunois » ou « Partir pour la Syrie.»
La musique de cette chanson aurait été composée par Hortense de Beauharnais, la reine Hortense, fille de l'Impératrice Joséphine par son premier mariage, que Napoléon Ier maria à son frère Louis, pour un temps roi de Hollande, et qui était la mère de Napoléon III.
Chant de ralliement des bonapartistes durant la Restauration, cette chanson était devenue le deuxième hymne officiel, après la Marseillaise, du Second Empire, et un chant de marche populaire de l'armée française.

4.3 La marche dans la vallée de la Saar : 3 au 8 novembre 1870
Trois jours après avoir quitté le camp de la boue, les prisonniers arrivent en Allemagne à Saarlouis, ayant marché environ 50 km.
Il fait toujours très froid mais au moins, la pluie a cessé et, « un petit régal nous attendait à l'entrée de la ville » : des petits pois et du lard - un vrai repas chaud !
L'arrivée de nombreux prisonniers crée un embouteillage monstre dans la petite ville : 5 heures pour faire 1 km, et le départ en train est reporté au lendemain.
Entassés dans des wagons à charbon, les prisonniers ont tout loisir d'admirer le paysage qui se déroule sous leurs yeux alors que le train suit le cours de la Saar, de Saarlouis à Konz-Trier (voir carte page 19.)
Jean Mirault certainement en profite pleinement et la description qu'il nous en donne est remarquable pour sa précision, sa beauté, et sa qualité poétique.
À Konz-Trier, pour une raison inconnue, les prisonniers doivent quitter le train et marcher jusqu'à Gerolstein.
L'identification de Gerolstein est quelque peu incertaine.
Dans le récit, il écrit « géraletein », puis dans la liste des villes traversées « geralstein », juste avant Koblenz.
L'inspection de la carte dans la région avoisinant Konz-Trier-Koblenz m'a conduit à sélectionner Gerolstein comme la ville la plus probable.
C'était une gare importante où, encore aujourd'hui, une manifestation annuelle, figurant d'anciennes locomotives, célèbre son histoire ferroviaire.
Une ligne de chemin de fer relie Gerolstein et Koblenz.
Peut-être qu'en 1870, il n'y avait pas de voie ferrée entre Trier et Koblenz, nécessitant le transfert des prisonniers de Trier à la gare la plus proche.
Cependant, Gerolstein est à environ 80-90 km de Konz-Trier.
Les prisonniers marchèrent 3 jours pour couvrir cette distance, ce qui n'est pas impossible, mais nécessite des étapes plus longues que d'habitude.
Durant la marche entre Konz-Trier et Gerolstein, nos prisonniers sont nourris et logés par l'habitant. Même si l'on assume que les autorités militaires prussiennes aient imposé ces devoirs aux paysans locaux, il est évident d'après la description de Jean Mirault qu'ils les aient accomplis de bonne volonté et du mieux qu'ils le purent.
La nourriture est simple mais probablement peu différente de la leur.
Les expressions employées par Jean Mirault, « un brave paysan », « le bon paysan », « les gens du village nous apportent eux-mêmes à manger », reflètent un accueil charitable et sympathique de la part des paysans allemands envers ces soldats prisonniers.
On est loin de l'attitude arrogante et sarcastique de l'officier prussien du camp de la boue ! Si l'aristocratie se montre solidaire par delà les frontières pour s'accorder les honneurs de la guerre, les paysans n'en sont pas moins solidaires quand il s'agit de soulager la misère de leurs semblables.

4.4 La fin du voyage et la détention à Kolberg : 9 Novembre 1870- juin (?) 1871Malheureusement pour nous, pour le reste du voyage, les prisonniers sont entassés dans des wagons à chevaux qui n'ont que de petites ouvertures qui ne permettent pas aux soldats de voir le paysage.
Nous ne bénéficierons donc pas des images qui agrémentaient si bien le récit du voyage dans la vallée de la Saar.
Du moins, dans un wagon fermé, notre ancêtre devait moins souffrir du froid et des intempéries.
La liste des villes traversées, bien que le nom de certaines d'entre elles demeure indéchiffrable, nous donne une très bonne indication du trajet (voir carte page 23) qui conduisit Jean Mirault à Kolberg.

Kolberg, maintenant Kolobrzeg en Pologne, est une ville et station balnéaire de 50.000 habitants sur la côte de la Baltique.
En 1870-71, Kolberg comptait environ 15-20.000 habitants et faisait partie de la province de Poméranie dans le royaume de Prusse. Les conditions de vie dans la caserne désaffectée qui sert de prison sont « bien tristes » et la nourriture qu'on leur donne en quantité insuffisante est de mauvaise qualité.
Mais, la Croix Rouge, nouvellement créée, qui inspecta les conditions de vie des prisonniers français en Allemagne, les jugea « acceptables.»
Nous ne savons pas si la lettre qu'il avait envoyée à ses parents est arrivée à bon port et si un peu d'argent fut envoyé.
Il termina la rédaction de ses notes peu après la capitulation de Paris qui eut lieu le 28 janvier 1871. Comme il ne fut libéré qu'en juin 1871, il serait possible qu'il reçût quelque secours financier et aurait pu se « procurer quelque douceur » dans ce triste lieu où « tout ici est d'un bon marché étonnant. » Espérons-le.

Il est très probable que le travail auquel il contribua, sur le bord de la mer, soit non la construction d'un champ de manoeuvre, mais plutôt la consolidation et l'assainissement de terres récemment conquises sur la mer.
L'achèvement de ce travail qui est considéré comme un évènement important dans l'histoire de Kolberg est daté de 1872 sur le site Internet de la ville.
Il est curieux de constater que Jean Mirault ne fait aucun commentaire sur la mer.
Ce devait être pourtant la première fois qu'il la voyait !
Sans doute, la côte basse et marécageuse de la Baltique, le ciel d'hiver sombre et bas, le froid et l'humidité qui le transperçaient n'éveillaient aucun sentiment autre que la tristesse chez le prisonnier contraint de travailler sous la garde de sentinelles armées.
Son souhait de libération prochaine ne fut pas réalisé. Bien que le retour en France des prisonniers commença dès l'arrêt officiel du conflit armé, soit le 11 mars 1871, les derniers prisonniers ne rentrèrent qu'à la mi-juillet 1871. Se trouvant toujours à Koblenz le 12 juin 1871, il aurait donc été parmi les derniers libérés.

5. Quelques Remarques Générales
Si un thème général devait être identifié pour ces notes, la faim serait sans nul doute l'idée qui viendrait naturellement à l'esprit du lecteur. Que ce soit durant la campagne, durant le siège de Metz ou durant sa captivité en Allemagne, il y eut très peu de jours où Jean Mirault mangea à sa faim. Cette année de malnutrition est vraisemblablement à l'origine des difficultés gastriques qui l'affligèrent toute sa vie selon les souvenirs de famille.

En lisant les notes de Jean Mirault, j'ai été frappé par l'absence totale de noms. À quelques reprises, il parle « des camarades » mais jamais ne mentionne leurs noms. Pourquoi ?
Ce n'est certes pas faute de mémoire puisque ces « camarades » sont en majorité toujours avec lui à Kolberg alors qu'il écrit ses notes.
En fait, il parle à la première personne assez rarement dans ce récit. Les pronoms collectifs : « nous » et « on », sont utilisés beaucoup plus fréquemment que « je. »
Dans un article où il analyse trois versions des batailles de Forbach et Rezonville données par le soldat Yves-Charles Quentel après des intervalles de temps différents, l'historien Jean-François Lecaillon note que le « je » qui domine dans les narrations à chaud fait place de plus en plus au « nous » collectif avec le recul du temps. Il remarque également une tendance à l'élimination des détails au profit d'un résumé des faits au fur et à mesure que le temps passe et que les souvenirs sont plus vagues et sont influencés par les témoignages de d'autres participants et surtout par la perspective donnée par les événements subséquents.
Puisque les notes de Jean Mirault ont été écrites plusieurs mois après les événements relatés, il n'est donc pas surprenant d'y retrouver ces caractéristiques.

Jean Renard.

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