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La propagande Nazie par affiches
"La propagande de Goebbels est une de nos armes de guerre les plus efficaces"
Adolf Hitler, le 11 mars 1933


L'art officiel avait pour mission, à travers le cinéma, les livres, la peinture, la sculpture, l'architecture et les affiches, d'offrir une image embellie du 3éme Reich, à l'intérieur des pays occupés et aux yeux du monde.
Comme les autres moyens de la propagande, l'affiche joue un rôle essentiel pour donner une image déformée et forcément négative des ennemis tout en faisant la promotion du régime en place.
Cet "art" de la désinformation fait preuve d'une créativité indéniable, mais elle est au service des "diktat" idéologiques de ceux qui la maîtrisent.
Le Reich, son organisation et ses valeurs sont érigés en modèle universel.
Par contre, la charge est virulente contre le camp Allié, ses divisions ou ses discordes. Elles sont exploitées et amplifiées à travers de nombreuses affiches ou caricatures.
Les dessinateurs utilisent toutes les ficelles - l'image du tandem, ou bien celle du gâteau - pour montrer la domination d'un des Alliés (l'URSS le plus souvent) sur les autres.
Staline traîne Roosevelt et Churchill par les bretelles, les fait avancer au "knout" ou les menace de ses revolvers.
C'est aussi un chat qui guette les souris anglaises et américaines.
Mais ailleurs, c'est lui qui fait avancer la bicyclette sur lequel sont installés les deux autres.
Ou bien, un mendiant qui attend l'aide anglaise et américaine, désespérant de l'ouverture d'un deuxième front.
L'URSS est dans la ligne de mire des dessinateurs. Son chef, est très fréquemment représenté et apparaît dans 33 caricatures.
Dans la période de guerre, la propagande se donne pour tâche de mettre le doigt sur les discordes pour mieux dénigrer l'ennemi. Il y a pourtant une différence importante dans la propagande"artistique" : la caricature est le seul domaine à échapper à l'obligation d'une représentation figurative, seul mode autorisé par le régime "national-socialiste", très attaché au réalisme. L'objectif des affiches n'est pas d'enjoliver ou d'exalter tel ou tel aspect du régime ou du peuple, mais avant tout de dénoncer l'ennemi.
L'artiste est donc autorisé à déborder du figuratif, pour enlaidir et détruire les valeurs décadentes de l'ennemi, tout en valorisant la doctrine officielle. Ici, la forme rejoint le fond. Derrière le personnage, qui est le plus souvent la cible directe du dessin, il existe un arrière-plan idéologique. Un dessin représentant Churchill provoque d'instinct une aversion de par les a priori inculquées au lecteur grâce aux autres moyens de la propagande, mais également grâce aux éléments complémentaires introduits dans le dessin, ou la légende. Cet arrière-plan est le plus souvent simple, il dépasse rarement le premier degré. Mais il fait directement appel à des valeurs familières au lecteur.
Les études récentes sur l'art Nazi ont montré que les oeuvres officielles du régime reposent sur un système de valeurs, historiques, sociales et morales, qui reviennent constamment dans la propagande présentant une image idéalisée par l'éducation que le régime inculque au peuple allemand. L'image que s'efforce de donner la propagande, à travers le cinéma, l'art, les affiches, est celle de la communauté raciale germanique.
Cette communauté s'incarne tout d'abord dans un chef - ainsi, le fameux slogan : "Hitler, c'est l'Allemagne" -, qu'on retrouve également dans l'image idéalisée du chef de famille. Le Führer est à la tête d'un peuple, uni par le sang, enraciné dans un sol et dépositaire d'un passé glorieux. C'est pourquoi le régime se livre à une glorification systématique de l'Allemagne bucolique, du paysan traditionnel et fruste. Le retour à l'état de nature, la terre, la forêt sont des thèmes récurrents dans le fantasme Nazi et l'imagerie de carte postale imposée par le régime. La paysannerie est présentée comme l'élément sain de la société, enraciné dans la terre, loin du capitalisme, à l'abri de la ville corruptrice et cosmopolite.
L'hostilité idéologique des dirigeants et des intellectuels nazis à l'encontre de la société industrielle et urbaine est souvent représentée :






Brigade d'assaut francaise, constituée d'éléments Francais dans la Waffen SS

Affiche de propagande italo-allemande



Hitler, devenu chancelier du Reich le 30 janvier 1933, crée le Ministère de l'Information Populaire et de la Propagande.
Il en donne immédiatement la charge Joseph Goebbels (chef de la propagande depuis 1929 du Parti Nazi - le NSDAP).
Le service de propagande du NSDAP devient donc celui de la propagande officielle du Reich.
Tout se met en place rapidement :
- Le 22 septembre 1933, la Reichskulturkammer (Chambre de la Culture) est mise en place. Goebbels en assure la présidence. Il nomme directement les présidents des différentes chambres professionnelles. L'une d'elles a pour mission de contrôler la presse.
- Comme les artistes et les intellectuels, les journalistes et les illustrateurs qui souhaitent travailler n'ont d'autre choix que d'adhérer à la Chambre de la Culture, suite à l'ordonnance du 1er novembre 1933.

La presse écrite
Elle occupe une place essentielle dans la politique de contrôle des medias par le régime Nazi. Il existe plus de 300 publications nazies au début des années 30, mais les tirages sont loin d'être importants, à part le Völkische Beobachter (organe officiel du Parti). On peut s'interroger sur leur impact réel puisque seule une minorité des électeurs du NSDAP lit ces journaux. Il importe donc pour le Ministre de l'Information et de la Propagande, qui ne manque pas d'expérience ni de savoir-faire dans le domaine de la presse écrite, de s'adresser à un public beaucoup plus large. Les services de Goebbels prennent à cet effet le contrôle des quotidiens et des revues qui ne dépendent pas du Parti nazi, comme le Simplicissimus à Munich, le Lustige Blätter et le Kladderadatsh à Berlin.
Très intelligemment, le ministre tient également à offrir à l'opinion allemande une apparente diversité purement formelle comme dans les autres domaines de la propagande.
Le régime Nazi décide ainsi de maintenir une pluralité de titres dans le domaine de la presse quotidienne et des revues pour répondre à deux exigences : offrir un choix au lecteur, afin de ne pas le lasser (idée force de Joseph Goebbels) - et le convaincre, qu'il subsiste dans le Reich une liberté d'expression et une libre circulation de l'information.
La présence de caricatures dans des journaux à vocation satirique participe à cette entreprise de diversion. Qu'importe la méfiance naturelle des dirigeants nazis, méfiance partagée par Hitler lui-même envers ce media "petit-bourgeois" et "libéral" qu'est la presse écrite ; qu'importent les doutes sur son efficacité y compris dans le domaine de la propagande, où l'on pense que le mot parlé est plus utile que le mot écrit, et que l'image est plus forte que le mot.

Loi sur les rédacteurs en chef
La presse quotidienne et les revues doivent donc impérativement être mises aux ordres.
Le 4 octobre 1933, Goebbels promulgue la Schriftleitergesetz, privant l'éditeur de tout contrôle sur l'orientation de la rédaction. Le rédacteur en chef est ramené au rang de fonctionnaire d'Etat, tenu de s'inscrire à l'Association Nationale de la Presse Allemande. Il ne doit rien écrire qui puisse nuire à la Nation, formule suffisamment vague pour permettre l'enrôlement forcé des journalistes et l'épuration nécessaire.
Le Ministère de l'Information et de la Propagande organise régulièrement des conférences afin d'harmoniser le contenu des articles. Il adresse quotidiennement aux journaux et aux revues ses consignes à la presse (presseanweisungen). La rivalité entre les diverses personnalités et services qui contrôlent la presse quotidienne et les revues ne fait que renforcer la censure.
A partir de 1939, le contrôle sur la presse devient plus draconien encore, car il s'agit alors de soutenir le moral d'une population en guerre, dès lors que les armées allemandes connaissent leurs premiers revers et que la guerre s'éternise.

Au service de la propagande : la caricature
Les journaux, et notamment le Simplicissimus, (journal satirique à la base), contiennent de nombreuses caricatures. Le dessin humoristique est une forme d'expression autorisée par le régime Nazi, à condition qu'elle serve ses objectifs et qu'elle ne sorte pas du cadre étroit de ses conceptions concernant la création et l'information. Incisive et réductrice, la caricature associe une image simplifiée à un texte court. Elle se prête donc à la conception de Goebbels dans le domaine de la manipulation des foules : des images simples et fortes, compréhensibles par le plus grand nombre et entraînant une émotion plutôt qu'une réflexion du public. Le dessin humoristique, associant une image simplifiée à un texte court, répond à cette exigence.
En effet, le domaine de la création humoristique, par la liberté de ton et d'esprit qu'il présuppose, est certainement le plus difficile à mettre au pas par un régime totalitaire. Le tour de force consiste à l'intégrer pleinement au vaste plan d'encadrement des esprits, à côté des autres vecteurs de la propagande, tout en continuant à alimenter l'amusement du lecteur.
Mais ce rire doit être provoqué par des sujets bien définis et très limités et à aucun moment, le dessin humoristique allemand ne s'amuse du régime, de la population allemande, ou des soldats de la Wermacht. Le totalitarisme nazi ne souffre ni l'ironie, ni l'auto-dérision.
Les lecteurs allemands peuvent rire, mais aux dépens de l'ennemi exclusivement.

Représentation de l'ennemi
Par ses dessins humoristiques, l'affiche caricaturale répond à des critères bien précis : c'est souvent le seul élément qui tombe sous les yeux des enfants, des adolescents et de la femme au foyer. Elle doit donc être compréhensible et lisible par tous pour être efficace.
Les pays ennemis y sont symbolisés de façon à être immédiatement identifiés le plus souvent à travers une caricature de leurs dirigeants : Daladier, Chamberlain et Churchill, puis Staline et Roosevelt.
Les modes de représentation ne sont donc guère originaux ; ils véhiculent des images classiques et très réductrice des puissances ennemies qui ne doivent pas laisser place au doute :
Churchill, bedonnant et haineux, est muni de son parapluie et de son cigare sur lesquels son nom ou ses initiales (WC) sont fréquemment inscrites.
Staline, avec ses moustaches, sa vareuse, ses grosses bottes cloutées et son knout ; sanguinaire et malfaisant, conduisant un tracteur au milieu du champs de ses victimes ou tournant le pressoir qui broie sa population au profit de l'industrie de guerre ; spécialiste du coup de pistolet dans la nuque...
Roosevelt, vieillard handicapé et hystérique avec sa canne.
Les personnages secondaires, soldats ou simples civils, sont représentés à l'opposé du héros hitlérien : militaires désarmés, ridicules, aux traits et au physique risibles. Leur mort apparaît sous ses aspects les plus hideux. Le soldat allié est présenté comme sacrifié par ses chefs, Il n'inspire pas la sympathie, tout au plus la pitié, parfois...


Représentation des résistants

L'AFFICHE ROUGE est une réalisation de la propagande allemande en février 1944 qui fut tirée à 150 000 exemplaires ; elle met en scène des photos de résistants arrêtés avec leur nom, nationalité et activités, en les associant à des photos d'attentats et d'armes, avec une volonté évidente d'apporter la "preuve" que les résistants sont des étrangers, des terroristes et des assassins.

Louis Aragon rendit hommage à ces derniers dans un poème tiré de son "Roman inachevé", datant de 1956 :
"Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cour me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le cour avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant".



La représentation de la femme est révélatrice. Très rarement mise en scène, elle doit inspirer l'aversion : c'est une prostituée américaine ou bien une vieille femme anglaise. Ses moeurs sont douteuses, à la solde de la "ploutocratie" et du Juif. Elle n'a pas d'enfant, pas de compagnon.
Un dessin du Kladderadatsch, d'ailleurs inspiré d'un puzzle, représente une jeune anglaise qui se regarde dans son miroir. Sur sa poitrine, le mot Times est inscrit. Le miroir renvoie l'image d'une juive et le reflet du mot donne : Semit.

Lorsque le chef d'état n'apparaît pas directement, son pays est symbolisé par un élément caractéristique :
L'Angleterre est représentée par le lion sur lequel figure l'"Union Jack", le soldat anglais, reconnaissable à la forme particulière de son casque, le personnage-symbole de " John Bull ", ou par le roi - la couronne et le trône sont dessinés... Les caricatures des deux premières années de guerre sont dirigées contre l'Angleterre. Elles montrent la fin de la suprématie anglaise sur les mers et l'efficacité impitoyable des sous-marins allemands. Le lion anglais est malmené de toutes parts, le soldat anglais, perdu en Afrique ou accroché à un radeau de fortune, n'est qu'un pauvre bougre, trompé par ses supérieurs, désarmé, désemparé. Chamberlain est souvent raillé, Churchill également. Le ton est moqueur, mais l'humour est prédominant et l'ensemble reste léger, proche d'une bande dessinée amusante contant les mésaventures de la vieille Albion...
L'URSS est représentée par le soldat bolchevique - l'étoile rouge et l'uniforme sont là pour faciliter la reconnaissance.
L'Amérique, c'est le cow-boy ou l'" Oncle Sam ". Une ébauche de décor permet d'identifier les champs de bataille : falaises de l'Angleterre, neiges de Sibérie, palmiers du Pacifique ou ruines antiques de l'Italie.

Le rôle de la femme et de la famille
Sur le plan des moeurs, l'Allemagne hitlérienne tient à donner une certaine image de la famille : celle d'une cellule homogène soudée par l'autorité du père - archétype viril - renforcée par la présence de la femme - archétype de pureté - et des enfants.
Pour Hitler, le rôle de la femme se réduit à la maternité, au service de l'homme, à la tenue de son foyer et à sa progéniture.
De nombreux artistes du régime ont idéalisé la femme allemande, mère de famille, paysanne, représentée dans son foyer ou aux champs, entourée par ses enfants.
A la communauté raciale germanique, fondée sur la famille, la caricature oppose l'image du bourgeois anglais ou américain, individualiste et démocratique, régnant sur un cloaque industriel et urbain.

Le rôle de l'argent
Les affiches prennent pour cible une société fondée sur l'argent tout puissant, sur la grande ville qui sert fréquemment d'arrière-plan au dessin, les moeurs dépravées, le luxe, etc.
C'est une société déchirée par l'opposition de classes, dominée par la "ploutocratie".
Le capitalisme international, thème récurrent dans les caricatures, est symbolisé comme partout ailleurs par un gros bourgeois en habits, coiffé d'un haut de forme, marqué du symbole du dollar ($) ou de la livre (£).
Ces images sont le plus souvent négatives.
A l'image de l'ordre et de la solidarité, les dessinateurs opposent celles de l'anarchie, de l'égoïsme, du chacun pour soi, de l'individualisme. Le capitalisme est au centre de nombreuses caricatures. Il est dénoncé avec violence.
L'argent est associé aux aux juifs. Il fait également référence aux fournitures de guerre ou à la mort des soldats, dont il est rendu responsable.
Lorsqu'il est représenté, ce qui est assez rare, le prolétaire est désoeuvré, abandonné par ses supérieurs ou raillé par le grand bourgeois ou l'aristocrate.
A travers la propagande nazie, par l'intermédiaire du Front du Travail ou de la KdF, l'ouvrier allemand est valorisé. La caricature dénonce au contraire chez l'ennemi la division de classes, le mépris pour l'ouvrier - ou le soldat de base.
Le communisme soviétique n'est pas épargné : grand modèle concurrent qui prétend abolir les classes sociales, il est dénoncé avec une égale violence.
Ecoliers anglais costumés et cravatés, contraints de saluer la " jeunesse soviétique " représentée par une horde de souillons. Ailleurs, des soldats soviétiques se moquent des notions d'égalité et de fraternité devant le charnier de Katyn. L'ours de la police politique de Staline (la GPU), qui massacre les soviétiques tente de prouver que les ennemis, capitalistes ou communistes, sont bien à l'opposé de la communauté allemande.
Chez l'ennemi, aucun chef, ou alors des dirigeants divisés, qui se déchirent, et sont ridiculisés, désignés comme trompant leur peuple ou l'écrasant et le sacrifiant.

Représentation de l'Allemand
A l'image d'une Allemagne forte, pacifique et unie, les caractéristiques attribuées au Führer par les artistes officiels du régime sont un regard volontaire, un buste vigoureux et une expression ferme...
La femme aryenne est féconde et pleine de vie, c'est une paysanne courageuse et une épouse exemplaire.
C'est ainsi que sont représentés les allemands.
On connaît l'importance donnée au corps et aux visages par l'art Nazi, pour glorifier ses propres héros. Les deux piliers soutenant la Communauté allemande sont le sang (c'est à dire la race) et un passé à la fois mythique et glorieux.
L'image de la mort est sublimée, dans la mystique nazie ; la noblesse du sacrifice volontaire est sanctifiée.


La représentation des juifs
La thématique antisémite habituelle dit que le peuple hôte est parasité par le juif et la presse dépendant du Parti nazi ne démérite pas pour le faire savoir. Mais cette charge évidente dissimule un autre discours. La femme est seule, son attitude est impudique. Elle a l'air d'une prostituée. Elle porte un casque, attribut de la virilité, et donc contradictoire avec l'idée de féminité.

Le racisme est quelquefois exploité à travers des caricatures qui mettent en scène des noirs américains, présentés comme des repris de justice sortant de Sing-Sing ou des pilotes de bombardier ridicules.


Redorer le blason d'un Reich qui connaît ses premiers revers militaires
Mais à partir de la fin de 1941, la situation militaire se dégrade. Les projets de débarquement en Angleterre doivent être abandonnés. La guerre devient mondiale et totale. Hitler déclenche l'opération Barbarossa contre l'URSS au printemps. Les Etats-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne en décembre.
Dès 1942, la Wermacht, jusque là invincible, connaît ses premiers revers. Les bombardements et les pertes lourdes sur tous les fronts entraînent l'angoisse et le mécontentement d'une population endure ses premières souffrances. A présent, le régime nazi ne peut plus promettre aux Allemands une victoire certaine et rapide.
Goebbels et ses services imposent donc une inflexion à la propagande. Il s'agit à présent de transformer la colère de la population en haine contre l'ennemi, d'insuffler aux Allemands l'esprit de résistance, voire de les terroriser. Les dessinateurs reçoivent les mêmes consignes que les autres acteurs de la propagande. Le ton change. Ils s'attachent en premier lieu à dénoncer la barbarie du communisme soviétique.
Les caricatures presque bon enfant raillant l'Angleterre vaincue de 1940-41 font place à la dénonciation hargneuse d'un ennemi sanguinaire, américain et soviétique. La mort fait son apparition, conduisant un char américain ou sous les traits de telle ou telle personnalité. Le dessin devient tragique : il fait de plus en plus appel à des sentiments de peur ou de répulsion. L'absence de victimes demeure cependant une constante ; pas de soldats morts, ni de destructions. Les autorités s'imposent la prudence, face à une opinion publique angoissée à l'idée de la perte d'un être proche.
Le plus difficile est de faire croire que la défaite de l'ennemi n'est qu'une question de temps. Le soldat allié est souvent représenté désarmé et vaincu : prisonniers anglais en Afrique, soldats anglais s'entraînant "quelque part en Angleterre" dans la plus complète anarchie. Lorsqu'ils sont armés, c'est pour menacer les populations indigènes, ou forcer les pays neutres, symbolisés par des enfants, à entrer dans la guerre en 1939. Les défaites traumatisent la population allemande. Il est impossible de les dissimuler, et comme elles sont contradictoires avec l'image inoffensive donnée de l'ennemi, il ne reste plus qu'à utiliser la terreur. Elle s'incarne dans le soldat soviétique : c'est une brute épaisse, inculte, égorgeur - son arme favorite est le couteau -, violeur et bourreau, foulant aux pieds la culture et les valeurs des peuples. C'est également l'ogre qui s'apprête à dévorer les petits pays d'Europe centrale.
Si la population allemande ne croit plus à l'invincibilité de son armée, qu'elle soit au moins prête à tout pour ne pas tomber aux mains de cet ennemi-là...


Au cinéma
Autre forme de propagande mise en oeuvre par Goebbels : le cinéma.
Il offre au réalisateur Veit Harlan un gros budget, de bons acteurs et d'excellents techniciens pour répliquer au Dictateur de Charlie Chaplin par une contre-offensive digne du Reich. Mêlant les ingrédients traditionnels de l'antisémitisme (sexe, argent, complot), usant des moyens subjectifs que permet le cinéma pour faire passer son message (cadrages, éclairage, fondus enchaînés...), il réalise en 1940 le film Jud Süss, où certains crimes attribués au personnage central permettent de justifier les mesures antijuives du moment.
Diffusé largement, le film fut un succès. Présenté à la Mostra de Venise, salué dans ses critiques par le jeune Michelangelo Antonioni, il attira près de 20 millions de spectateurs dans l'Europe entière dont un pour la seule France. Accueil ambivalent. Car si le film fut sifflé à diverses reprises, il suscita à minima un succès de curiosité. Quant à Veit Harlan, il fut épargné par l'épuration et acquitté lors de ses deux procès.